DOS PREGUNTAS A PIERRE BRUNO

Gisela Avolio, responsable de la sección / Dirección editorial: Helga Fernández

Traducción: Silvia Wahl


Publicamos Dos Preguntas a Pierre Bruno, en francés y en castellano, haciendo lugar a las lenguas, las geografías y los psicoanálisis.


¿Cómo y cuándo descubrió el psicoanálisis?

La primera vez que escuché el nombre de Freud fue en una clase de filosofía. En el programa estaba La interpretación de los sueños, y yo la leí, sin retener mucho. Pero cuando mi profesor de filosofía me hizo conocer el surrealismo instantáneamente me convertí en un entusiasta partidario, y el vínculo entre sueño y revolución se convirtió en un eje para mi vida. 

A finales de los años 50 cabalgué, junto con dos amigos, el cometa surrealista, comprometido también con una izquierda radical, polarizada en Francia por la lucha por una Argelia independiente. Comencé a estudiar filosofía y utilicé mis primeros títulos para solicitar y obtener un cargo de profesor de filosofía en Labé, pequeña ciudad de Guinea, país que acababa de conquistar su independencia y que tenía una orientación marxista.  Al regresar a Francia, en 1961, me afilié a los estudiantes comunistas, y luego al Partido Comunista, en el que rápidamente tuve responsabilidades.

Tuve la suerte de recibir clases de un profesor de psicología, marxista y discípulo de Henri Wallon. Era crítico con respecto al psicoanálisis, pero no hostil. En su seminario, mientras preparaba una tesis sobre la prehistoria del psicoanálisis, escuché por primera vez hablar de Louis Althusser, incluso antes de la publicación de su artículo “Freud y Lacan” a fines de 1964, en La Nouvelle Critique. Fue una revelación, me hice decididamente althusseriano por varios años, y sobre todo quise saber un poco más sobre Lacan, para volver a través de él a Freud y a su obra, más allá de su prehistoria. En este contexto aparecieron los Escritos de Lacan, en 1966. Poco después fui nombrado asistente de psicología en la Universidad, y me puse a trabajar en su lectura, sin entender nada, pero con obstinación. Había creado un grupo de investigaciones en la Universidad y propuse leer, para comenzar (!!!), Lituraterre. Era ilegible, pero yo perseveraba.

En 1970 se publicó Vida y muerte en psicoanálisis, de Jean Laplanche, a quien apreciaba por su claridad y lo consideraba un alumno de Lacan. Incluso iba a verlo a París (yo vivía en Toulouse) para iniciar un psicoanálisis con él. Sin embargo, en ese libro, así como aprecié la primera parte sobre la “vida”, la parte sobre la “muerte” me pareció una paráfrasis más bien confusa sobre la pulsión de muerte. Al leer a Lacan, cuando ilumina la pulsión de muerte vinculándola a la acción simbólica del lenguaje, me resultó legible por primera vez – y definitivamente.

Después de algunos años, estaba decidido a hacer un psicoanálisis, no solo o principalmente, por supuesto, por afinidad intelectual. Logré finalmente encontrar, en Maud Mannoni, a la analista que desde la primera cita sentí que me convenía.

-¿Qué considera que el psicoanálisis puede aportarle a la contemporaneidad?

Al responder a la primera pregunta, adelanté la respuesta de la segunda, cuando subrayé el vínculo, a través primero del surrealismo, entre sueño y revolución, entre política e inconsciente. Debo agregar que en mi adolescencia también me vi tentado por la mística yoga (leí a Shri Aurobindo), y por el ideal de una comunidad igualitaria. No puedo separar la satisfacción obtenida de un análisis de la satisfacción experimentada por la asociación con otros en una “obra común”, lo que considero un axioma de Lacan. No asumir esto me parece una fuente de todas las desviaciones que la resistencia, a pesar del psicoanálisis, alimenta en los propios psicoanalistas.  Todavía hay que lograr distinguir la asociación y el grupo, y no organizarlos según los principios del ejército, de la iglesia, del estado o de la empresa. La solución está lejos de haberse logrado, en la medida en que no basta con adoptar la visión opuesta de una transferencia jerárquica promoviendo un neoliberalismo que, bajo su apariencia libertaria, alberga en su seno la víbora del discurso capitalista. Para plantear el problema, sin resolverlo, un primer paso es subrayar, incluso incrustar en nuestra carne, la barra que inscribe la barrera del goce entre el significante amo y el saber. Esta barra marca a la vez la imposibilidad para el saber de abarcar al sujeto (el inconsciente es real) y, por antinomia con el discurso capitalista, el límite del objeto a de satisfacer a un sujeto. Los partidarios, antiguos o contemporáneos, del potlach (Georges Bataille) se dieron cuenta claramente de que el gasto en el consumo implicaba una sobrepuja incesante. No por ello me ubico entre los partidarios de no consumir, pero tampoco suscribo la ideología creciente del metaverso, que pretende eliminar la categoría de real de cualquier relación con la realidad. Creo que en Lacan pasador de Marx logré expresar mi posición, que es la actual: salir del capitalismo, es sacar al capitalismo de sí mismo.


Comment et quand avez-vous découvert la psychanalyse?

C’est en classe de philosophie que j’ai entendu pour la première fois le nom de Freud. L’interprétation des rêves était au programme et je l’ai lue, sans en retenir grand-chose, mais, mon professeur de philosophie m’ayant fait connaître le surréalisme, dont j’étais devenu instantanément un partisan enthousiaste, le lien entre rêve et révolution devint mon axe de vie.

À la fin des années 50, j’ai donc chevauché, avec deux amis, la comète surréaliste, et, corrélativement, l’engagement dans une gauche radicale, polarisée en France par le combat pour une Algérie indépendante. J’ai commencé des études de philosophie et j’ai utilisé mes premiers diplômes pour demander et obtenir un poste de professeur de philosophie à Labé, petite ville de Guinée, pays qui venait de conquérir son indépendance et affichait une orientation marxiste. À mon retour en France, en 1961, j’ai adhéré aux étudiants communistes, puis au Parti communiste, dans lequel j’ai eu rapidement des responsabilités.

J’ai eu la chance alors de suivre l’enseignement d’un professeur de psychologie, marxiste et disciple d’Henri Wallon. Il était critique vis-à-vis de la psychanalyse, mais pas hostile. C’est dans son séminaire que, préparant une thèse sur la préhistoire de la psychanalyse, j’ai entendu pour la première fois parler de Louis Althusser, avant même la parution de son article « Freud et Lacan » fin 1964, dans La Nouvelle Critique. Ce fut une révélation, et je devins décidément althussérien pour plusieurs années, et surtout désireux d’en savoir un peu plus sur Lacan, et, à travers lui, je revins à Freud et fis retour vers son œuvre, au-delà de sa préhistoire. C’est dans ce contexte que parurent les Écrits de Lacan, en 1966. Nommé peu après assistant de psychologie à l’Université, je me mis au travail de sa lecture, sans y rien comprendre, mais en m’obstinant. J’avais créé un groupe de recherches à l’université, et proposé de lire, pour commencer ( !!!) Lituraterre. C’était illisible, mais je persévérai.

Parut alors, en 1970, Vie et mort en psychanalyse, de Jean Laplanche, que j’appréciais pour sa clarté et tenais pour un élève de Lacan. J’allais même le voir à paris (j’étais moi-même à Toulouse) pour envisager une psychanalyse avec lui. Dans ce livre cependant, autant j’avais apprécié sa première partie, sur « la vie », autant la partie sur « la mort » m’avait semblé une paraphrase plutôt floue sur la pulsion de mort. C’est en lisant Lacan, qui éclaire la pulsion de mort en la reliant à l’action symbolique du langage que, pour la première fois, Lacan me devint lisible – définitivement.

J’étais décidé, depuis quelques années, à faire une psychanalyse, pas seulement ni principalement, bien entendu, par affinité intellectuelle. Je finis par rencontrer, en Maud Mannoni, l’analyste qui, au premier rendez-vous, me convint.

Que considérez-vous que la psychanalyse peut apporter à notre contemporanéité?

J’ai, en répondant à la première question, anticipé sur la réponse à la seconde, en soulignant le lien, au travers d’abord du surréalisme, entre rêve et révolution, entre politique et inconscient. Je dois ajouter que je fus aussi tenté, adolescent, par la mystique du côté yoga (j’ai lu Shri Aurobindo), et par l’idéal d’une communauté égalitaire. 

Je ne peux délier la satisfaction obtenue d’une analyse et la satisfaction éprouvée par l’association avec d’autres dans une « œuvre commune », ce que je tiens pour un axiome de Lacan. Ne pas en prendre acte me semble une source de toutes les déviations que la résistance, in-sue, à la psychanalyse, alimente chez les psychanalystes eux-mêmes. Encore faut-il arriver à distinguer l’association et le groupe, et ne pas l’organiser selon les principes de l’armée, de l’église, de l’état ou de l’entreprise. La solution est loin d’être acquise, pour autant qu’il ne suffit pas de prendre le contrepied d’un transfert hiérarchique en promouvant un néolibéralisme qui, sous des dehors libertaires, recèle dans son sein la vipère du discours capitaliste. Pour poser, sans le résoudre, le problème, une première marche est de souligner, voire d’incruster dans notre chair, le slash qui inscrit la barrière de la jouissance entre le signifiant maître et le savoir. Ce slash marque à la fois l’impossibilité pour le savoir de recouvrir le sujet (l’inconscient est réel) et, par antinomie avec le discours capitaliste, la limite de l’objet a à satisfaire un sujet. Les partisans anciens ou contemporains du potlach (Georges Bataille) ont bien vu que la dépense de consommation entrainait une surenchère incessante. Ce n’est pas pour autant que je me range parmi les partisans du non-consommer, mais je ne souscris pas non plus à ‘idéologie montante du métavers qui vise à éliminer la catégorie de réel de toute relation à la réalité. Dans Lacan passeur de Marx, je pense avoir exprimé ma position toujours actuelle : sortir du capitalisme, c’est sortir le capitalisme de soi.


Pierre Bruno es psicoanalista en París, miembro de la asociación Le Pari de Lacan.

Enseñó psicoanálisis de 1967 a 1999, primero en la Universidad Toulouse Le Mirail, luego en el Departamento de Psicoanálisis de París VIII.

Ha escrito y publicado varios libros sobre psicoanálisis: Antonin Artaud, réalité et poésie (traducido al español). Expérience et structure. La passe (traducido al español). Lacan passeur de Marx (traducido al español y al inglés). La psychanalyse du rébus au rebut. Le père et ses noms (traducido al español). Qu’est-ce que rêver? (Traducción al español próximamente). Satisfaction et jouissance. Vient de terminer un essai: La réalité.

Escribió y publicó varias colecciones de poemas, incluidas cuatro con pintores: Monique Frydman, François Rouan, Bracha Ettinger, Jean-Paul Héraud.


Pierre Bruno est psychanalyste à Paris, membre de l’association Le Pari de Lacan.

Il a enseigné la psychanalyse de 1967 à 1999 d’abord  à l’Université Toulouse Toulouse Le Mirail, puis au Département de psychanalyse de Paris VIII.

A écrit et publié plusieurs ouvrages de psychanalyse: Antonin Artaud, réalité et poésie (traduit en espagnol). Expérience et structure. La passe (traduit en espagnol). Lacan passeur de Marx ( traduit en espagnol et anglais). La psychanalyse du rébus au rebut. Le père et ses noms (traduit en espagnol). Qu’est-ce que rêver? (Traduction en espagnol à paraître). Satisfaction et jouissance. Vient de terminer un essai: La réalité.

A écrit et publié plusieurs recueils de poèmes, dont quatre avec des peintres: Monique Frydman, François Rouan, Bracha Ettinger, Jean-Paul Héraud.


Texto al cuidado de Ricardo Pereyra


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