DOS PREGUNTAS A FABRICE BOURLEZ.

Gisela Avolio, responsable de la sección/Dirección editorial, Helga Fernández

Traducción: Alain Chedeville


Publicamos Dos preguntas a Fabrice Bourlez, en francés y en castellano, haciendo lugar a las lenguas, las geografías y los psicoanálisis.


Comment et quand avez-vous découvert la Psychanalyse ?

Je ne suis pas certain d’avoir envie de détailler avec précision ma propre biographie. Au fond, un parcours analytique permet de se délester du poids du roman familial. Petit à petit, on détricote les lourdes identifications, les phrases toute faites, les places figées qui nous ont été assignées pour mieux affirmer et devenir ce que l’on est. Peu à peu, la rengaine familialiste avec son lot d’angoisses, de colères, d’insatisfactions finit par prendre moins de place. Le désir et la joie s’y substituent.

Je peux vous dire simplement deux choses. D’abord, je suis arrivé en analyse relativement tôt dans ma vie. J’avais 18 ans. Et, comme beaucoup d’autres, j’y suis arrivé comme on arrive aux urgences à l’hôpital, sauf qu’il s’agissait d’ « urgences subjectives ». Au départ d’un travail analytique, on croit se connaître mais on ignore les causes de sa souffrance. On ne sait pas pourquoi on va si mal. Et plus l’on progresse dans sa cure, plus l’on s’aperçoit que le périmètre de notre connaissance sur nous-mêmes s’avérait restreint, erroné, déterminé par une histoire, par des expressions et des énoncés qui nous avaient enfermé.e.s dans une image de nous-même trop petite, étriquée, inadéquate. Sortir de cette représentation du Moi, c’est donc aller vers le dehors pour tenter de mieux cerner ce qui nous fait souffrir. Plus l’on chemine, moins l’on se reconnait. Plus on interroge le dedans de sa mémoire, plus l’on s’échappe au dehors. Je dirais que l’expérience de l’inconscient est une expérience de la déprise. Le sujet s’y défait de ce qui l’encombre, de ce qui lui pèse, de ce qui l’empêche d’avancer au rythme de son existence. On se rend chez l’analyste moins pour trouver du réconfort que pour affronter ce qui ne cesse de resurgir sans raison. C’est une drôle de situation, un drôle d’espace, une drôle de pratique, un drôle de voyage où, immobile, l’on passe du rire aux larmes, du plus insignifiant au plus dramatique ; où chaque petite histoire vient s’accumuler à d’autres, non pas pour construire une mémoire ou échafauder un récit, mais pour creuser, épuiser, évider les mots qui vous ont constitué.e jusqu’à ressentir une liberté nouvelle de mouvement. On n’a pourtant pas bougé. Vaguement, on s’est contorsionné.e sur une chaise. On s’est peut-être allongé.e sur un divan. Mais malgré tout, on est passé au dehors. On est sorti de l’infini ressassement du même. Rien n’a changé. Mais plus rien n’est pareil. Les mots qui avaient tant marqué, les souvenirs qui avaient tellement impressionné, les expériences qui avaient fait si mal : tout est encore là. Et néanmoins, une logique nouvelle s’est faite jour. Vivifiante, elle ne renvoie pas au principe de non-contradiction, à l’universel, mais au plus singulier de votre propre cas. J’ai donc plongé en moi-même pour en sortir. Sans aucun doute aussi pour m’en sortir.

La deuxième chose que je peux vous dire, c’est que, dans la série des déterminants biographiques qui ont fait que j’ai découvert la psychanalyse, il y a le fait que je suis, dites cela comme vous préférez, « homosexuel », « pédé », « queer », « gay ». Assumer et affirmer cette coloration de mon désir ne vaut pas seulement d’un point vue subjectif mais a une portée micropolitique. Cela m’apparait, hier comme aujourd’hui, comme une condition sine qua non pour continuer d’avancer.  Mais ce deuxième point m’entraine vers votre seconde question.   

Selon vous, en quoi la Psychanalyse peut-elle contribuer à notre contemporanéité?

Je vous réponds depuis la France où, à l’heure actuelle, parmi différentes écoles de psychanalyse, les prises de position et les débats à propos des transidentités se succèdent en même temps qu’émergent de vives critiques contre notre discipline depuis les dites « marges » queer. Je pense en particulier au travail de Paul Preciado qui résume bien les attaques des théorcien.nes queer contre la psychanalyse, lorsqu’il affirme vouloir « décoloniser l’inconscient » ou quand il rattache la praxis à un dispositif de savoir/pouvoir « hétéro-patriarcal ».

Je crois néanmoins que la psychanalyse peut contribuer à notre contemporanéité. Elle est en mesure de saisir à quoi tiennent et comment tiennent nos contemporain.e.s, à condition d’entendre les critiques qui lui sont adressées. Si, il y a plus d’un siècle, la psychanalyse a pu laisser émerger, avec Freud, un savoir inédit et subversif quant au sexuel, alors elle doit être capable d’écouter ce qui, depuis la mort de Lacan et l’apparition de la crise du Sida, a pu s’échafauder comme savoirs, déconstructions et revendications depuis le champ des dites minorités sexuelles. Faire l’impasse sur ce savoir théorique et ces expériences militantes, ce n’est pas oublier mais refuser, voire forclore, une partie de la réalité du monde tel qu’il se vit aujourd’hui.

Faire volontairement la sourde oreille au nom d’une quelconque liberté d’expression, se moquer ironiquement au nom d’un refus du politiquement correct ou se figer fermement au nom de la possibilité même d’interpréter, revient à répéter un geste d’oppression où l’on met une fois de plus les minorités au silence, où on les objectifie sous prétexte qu’elles font trop de bruit et qu’elles ne savent pas ce qu’elles sont ni ce qu’elles disent. Ne me comprenez pas mal. Je crois que la psychanalyse peut contribuer au contemporain. Elle peut continuer d’offrir un pas de côté sur ce que l’on croit vivre et penser que l’on soit hétéro, homo, bi, trans… Elle peut valoir comme contrepoint aux bonnes volontés et aux bons sentiments. Elle peut pointer l’émergence d’une autre scène où se logent nos jouissances et nos désirs inconscients. Elle peut continuer de sauver des vies parce qu’elle ne croit pas à la furor sanandi. Mais tout cela si, et seulement si, elle interroge ses propres préjugés, ses propres certitudes, ses propres non-dits. Si, et seulement si, les nouages et les nœuds borroméens dont elle se sert n’enserrent plus, encore et toujours, les minorités LGBTQI++ sous le sceau de diagnostics pathologisant. Si, et seulement si, pour interpréter, elle entend. A défaut, l’interprétation risque de se ratatiner, purement et simplement, sur une position contre-transférentielle. Lacan affirmait que les préjugés sont toujours du côté de l’analyste. Or, aujourd’hui encore, trop souvent, les déclarations au nom de l’inconscient, de la famille, des enfants s’énoncent depuis un cela-va-de-soi-hétérosexuel qui reste complètement impensé et qui s’avère entièrement contradictoire aussi bien avec la découverte de la libido et des pulsions par Freud qu’avec la mise au point de la jouissance et de l’objet a par Lacan. Enterrer la discipline psychanalytique sous le poids de cet impensé revient à l’enterrer tout court. Bêchons !


¿Cómo y cuando descubrió el Psicoanálisis?

No estoy seguro de tener ganas de detallar con precisión mi propia biografía. Fundamentalmente,  un proceso psicoanalítico nos permite liberarnos del peso de la novela familiar. Paso a paso desenmarañamos pesadas identificaciones, frases hechas, posiciones fijadas de antemano que nos fueron asignadas para así mejor afirmar y devenir lo que somos. Poco a poco, la cantinela familiarista con su lote de angustias, de cóleras, de insatisfacciones termina por ocupar menos lugar. El deseo y la alegría los substituyen. 

Puedo decirle simplemente dos cosas. En primer término, llegué al análisis relativamente temprano en mi vida. Tenía 18 años. Y, como muchos más, llegué como uno llega a la guardia de urgencias del hospital, salvo que aquí se trataba de “urgencias subjetivas”. Al principio de un trabajo analítico, creemos conocernos pero ignoramos las causas de nuestro sufrimiento. No sabemos por qué andamos tan mal. Y cuanto más progresamos en nuestra cura, más nos damos cuenta de que el perímetro de nuestro conocimiento sobre nosotros/as mismo/as resulta restringido, erróneo, determinado por una historia, por expresiones y enunciados que nos habían encerrado en una imagen de nosotros/as mismo/as demasiado pequeña, estrecha, inadecuada. Salir de esta representación del Yo es entonces ir hacia el afuera para intentar discernir mejor lo que nos hace sufrir. Cuanto más andamos, menos nos reconocemos. Cuanto más interrogamos el interior de nuestra memoria, más nos escapamos hacia afuera. Yo diría que la experiencia del inconsciente es una experiencia del desprendimiento. El sujeto se deshace de lo que lo estorba, de lo que le pesa, de lo que le impide avanzar al ritmo de su existencia. Vamos a lo del analista menos para encontrar consuelo que para enfrentar lo que no deja de resurgir sin razón. Es una extraña situación, un extraño espacio, una extraña práctica, un extraño viaje en que, inmóviles, pasamos de la risa a las lágrimas, de lo más insignificante a lo más dramático; en cada pequeña historia viene para acumularse a otras, no para construir una memoria o levantar un relato, sino para cavar, agotar, vaciar las palabras que nos constituyeron hasta sentir una nueva libertad de movimientos. Sin embargo, no nos movimos. Nos contorsionamos vagamente sobre una silla. O quizás acostado/as sobre un diván. Pero, a pesar de todo, pasamos hacia afuera. Salimos de la infinita repetición de lo mismo. Nada cambió. Pero ya nada es igual. Las palabras que habían marcado tanto, los recuerdos que habían impresionado tanto, las experiencias que habían hecho tanto daño: todo está aún allí. Y, sin embargo,  una nueva lógica aparece. Vivificante, no se refiere al principio de no contradicción, a lo universal, sino a lo más singular de nuestro propio caso. Me hundí entonces en mí mismo  para poder salir adelante.

Lo segundo que puedo decirle es que, en la serie de determinantes biográficos que hicieron que descubriera el psicoanálisis, está el hecho de que soy, dígalo como prefiera, “homosexual”, “marica”, “queer”, “gay”. Asumir y afirmar esta coloración de mi deseo no vale sólo desde un punto de vista subjetivo pero tiene un alcance micropolítico. Esto me aparece,  ayer como hoy, como una condición  sine qua non para seguir avanzando. Pero este segundo punto me lleva a su segunda pregunta.  

¿Según usted, en qué puede contribuir el Psicoanálisis en nuestra contemporaneidad?

Le contesto desde Francia en donde, en la hora actual, entre las diferentes escuelas de psicoanálisis, las tomas de posición y los debates a propósito de las transidentidades se suceden al mismo tiempo que emergen vivas críticas contra nuestra disciplina desde dichas “márgenes” queer. Pienso en particular en el trabajo de Paul Preciado que resume bien los ataques de lo/as teórico/as queer contra el psicoanálisis, cuando afirma querer “descolonizar el inconsciente” o cuando relaciona la praxis a un dispositivo de saber/poder “hétero-patriarcal”.

Creo, sin embargo, que el psicoanálisis puede contribuir a nuestra contemporaneidad. Es capaz de entender qué importa a nuestro/as contemporáneo/as y cómo resisten, a condición de prestar oídos a la críticas que le son dirigidas. Si, hace más de un siglo, el psicoanálisis pudo dejar emerger, con Freud, un saber inédito y subversivo en cuanto a lo sexual, debe ser entonces capaz de escuchar lo que, desde la muerte de Lacan y la aparición de la crisis del Sida, pudo estructurarse en cuanto a saberes, desconstrucciones y reivindicaciones desde lugar de dichas minorías sexuales. Dejar de lado este saber teórico y estas experiencias militantes, no es olvidar sino rechazar, aún excluir, a parte de la realidad del mundo tal como este vive hoy.

Hacer voluntariamente oídos sordos en nombre de una supuesta libertad de expresión, burlarse irónicamente en nombre de un rechazo de lo políticamente correcto o paralizarse firmemente en nombre de la posibilidad misma de interpretar, significa repetir un gesto de opresión en el que se silencia una vez más a la minorías, en que se las objetifica so pretexto de que hacen demasiado ruido y que no saben lo que son ni lo que dice. No me malinterpreten. Creo que el psicoanálisis puede contribuir a lo contemporáneo. Puede seguir ofreciendo un paso al costado acerca de lo que se cree vivir o pensar ya sea uno hétero, homo, bi, trans… Puede valer como contrapunto ante las buenas voluntades y los buenos sentimientos. Puede apuntar así hacia la emergencia de otro escenario en que se alojan nuestros goces y nuestros deseos inconscientes. Puede seguir salvando vidas porque no cree en el furor sanandi. Pero todo esto si, y sólo si, interroga sus propios prejuicios, sus propias certidumbres, sus propios silencios. Si, y sólo si, las ataduras y los nudos borromeos que utiliza ya no aprieten, aún y siempre, a la minorías LGBTQI++ con el sello de diagnósticos patologizantes. Si, y sólo si, para interpretar, entiende. En su defecto, la interpretación corre el riesgo de achicharrarse, pura y simplemente, en una posición contra-transferencial. Lacan afirmaba que los prejuicios están siempre del lado del analista. Aún hoy, empero, demasiado a menudo, las declaraciones en nombre del inconsciente, de la familia, de los hijos se enuncian desde un va-de-suyo-heterosexual que permanece completamente impensado y que resulta completamente contradictorio tanto con el descubrimiento de la libido y de las pulsiones por Freud, como con la puesta a punto del goce y del objeto a por Lacan. Enterrar la disciplina psicoanalítica bajo el peso de este impensado equivale a enterrarla simplemente. ¡Cavemos!


Fabrice Bourlez est psychanalyste à Paris. Docteur en philosophie (Università degli Studi di Pisa/Université de Lille 3), il enseigne à l’Esad de Reims. Il est chargé de cours à sciences po Paris et co-anime la chaire Troubles dissidences et esthétiques à l’Ensba Paris. Il a publié Pulsions Pasoliniennes en 2015 aux presses du réel et Queer Psychanalyse en 2018 aux éditions Hermann, traduction espagnole 2021 aux éditions Artefactos.

Fabrice Bourlez es psicoanalista en París. Doctor en Filosofía (Università degli Studi di Pisa / Universidad de Lille 3), enseña en Esad de Reims. Es profesor en Sciences Po Paris y co-preside la cátedra Problemas y Trastornos Estéticos en Ensba Paris. Publicó Pulsions Pasoliniennes en 2015 y Psicoanálisis Queer en 2018 en las ediciones Hermann, traducción al español 2021 en las ediciones Artefactos.

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Alain Chedeville Nació en París en 1947. Estudios: Profesor de francés, Instituto Olga Cossettini, Rosario.
Actividad profesional: Profesor de la Alianzas Francesas de Mar del Plata, Necochea, Azul y Olavarría.
Director de la Alianza Francesa de Olavarría entre 2009 y 2014.
Experiencia como traductor e intérprete desde 1984.
Intérprete en el Festival de Cine de Mar del Plata, 1999, 2002, 2004; Congreso de Urología, Mar del Plata, 2002; Congreso de Arqueología, Mar del Plata, 2000.


Texto al cuidado de Ricardo Pereyra

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